Le paradoxe du printemps
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Les magazines célèbrent le renouveau, les réseaux sociaux débordent de pique-niques et de jardins fleuris — et vous, vous traînez. Vous vous sentez même parfois plus fatiguée qu’en hiver. C’est déconcertant. C’est culpabilisant. Et pourtant c’est très fréquent.
Vous n’êtes pas la seule. Je l’ai moi-même vécu. Et je l’entends chaque année au printemps de la part de mes consultants.
Hildegarde de Bingen avait déjà une explication à ce phénomène il y a neuf siècles. Et ses réponses sont toujours aussi pertinentes aujourd’hui. Alors laissez-moi vous expliquer ce qui se passe vraiment — et ce que vous pouvez faire concrètement pour retrouver votre énergie.
La fatigue de printemps : une réalité physiologique méconnue
Ce qui se passe dans votre corps
Après un hiver où le corps a fonctionné en mode économie d’énergie — moins de lumière, alimentation plus lourde, activité réduite — le retour du printemps déclenche une véritable réorganisation interne. Le corps doit s’adapter à l’allongement des jours, aux températures changeantes, aux écarts thermiques d’une journée à l’autre. Le printemps, c’est aussi la pluie — cette pluie dont la nature a besoin pour se renouveler, et dont nous avons peut-être besoin nous aussi, même si on rechigne à l’admettre.
Cette transition demande de l’énergie — beaucoup d’énergie — avant de vous en redonner. C’est mécanique, c’est physiologique, et c’est temporaire.

La vision d’Hildegarde
Pour Hildegarde, le printemps est la saison du renouveau de la viriditas — cette force verte qui circule en nous comme la sève dans les plantes. Mais ce renouveau ne se fait pas sans effort. Comme un arbre qui mobilise toutes ses ressources pour faire éclore ses bourgeons, le corps humain traverse une période de transition intense. Si ses réserves sont insuffisantes après l’hiver, la fatigue s’installe — et elle s’installe souvent précisément au moment où on s’y attend le moins.
Hildegarde nous enseigne aussi que le foie joue un rôle central dans cette transition. Un foie surchargé ralentit tout l’organisme et amplifie la fatigue printanière. Si vous n’avez pas encore lu mon article sur le sujet, je vous invite à le faire — le lien foie-fatigue-printemps est fondamental dans l’approche hildegardienne. → Votre foie au printemps : ce qu’Hildegarde nous enseigne
Fatigue saisonnière ou signal d’alarme : comment faire la différence ?
C’est une question que beaucoup de mes lectrices et consultants me posent — et à laquelle il faut répondre honnêtement.
La fatigue normale de printemps
Elle arrive progressivement avec les premiers beaux jours. Elle est diffuse, pas invalidante. Elle s’accompagne d’un regain d’énergie après quelques semaines. Elle ne s’accompagne pas d’autres symptômes particuliers. Bref — c’est le corps qui fait son travail de transition, et qui vous le fait savoir.
Les signaux qui méritent attention
Une fatigue intense qui dure plus de trois à quatre semaines sans amélioration. Un épuisement qui s’accompagne de troubles du sommeil, de changements d’humeur importants, d’une perte d’appétit. Une fatigue qui s’aggrave au lieu de s’améliorer avec les beaux jours.
Dans ces situations, consultez votre médecin pour un bilan. Une carence en fer, en vitamine D, un dérèglement thyroïdien peuvent se cacher derrière une « simple » fatigue printanière. La naturopathie accompagne — elle ne remplace pas un avis médical.

Ce qu’Hildegarde nous enseigne pour retrouver l’énergie
L’épeautre : la base énergétique de votre journée
L’épeautre non hybridé est l’aliment central de l’alimentation hildegardienne — en toutes saisons, printemps inclus. Il est riche en glucides complexes qui diffusent leur énergie lentement, en protéines de qualité, et en minéraux facilement assimilables — magnésium, fer, zinc, phosphore. Tout ce dont un organisme en transition a précisément besoin.
Ce qui me touche particulièrement, c’est sa façon de diffuser l’énergie : lentement, progressivement, sans pic ni chute. Comme une petite flamme qui brûle régulièrement plutôt qu’un feu de paille qui s’éteint vite. Hildegarde disait que l’épeautre « rend l’esprit joyeux ». Et cette joie commence par une vraie énergie stable tout au long de la journée — pas le coup de barre de 11h, pas l’effondrement de 15h.
L’épeautre à chaque repas, sous toutes ses formes printanières — à température ambiante en accompagnement de légumes de saison, en habermus le matin, en soupe le soir — c’est le fondement énergétique de votre printemps.
L’ortie : le trésor printanier d’Hildegarde
L’ortie est une des plantes que Hildegarde mentionne dans son Physica comme « chaude et purifiante ». Au printemps, elle est à son meilleur — fraîche, gorgée de minéraux, prête à soutenir un organisme en transition.
Après un hiver qui a puisé dans nos réserves, l’ortie apporte exactement ce dont le corps a besoin pour se reminéraliser. En tisane, en soupe, en cuisine — c’est un cadeau de la nature qu’il serait dommage de ne pas saisir. Je lui ai consacré un article complet que je vous invite à lire. → L’ortie : bombe nutritionnelle à exploser pour votre santé
Personnellement, j’adore en glisser dans une soupe de printemps avec quelques légumes de saison — c’est doux, nourrissant, et on ne sent plus du tout le piquant !
Note pratique : cueillez-la avec des gants au printemps, avant la floraison, dans un endroit éloigné des routes et des champs traités. La chaleur de la cuisson ou du séchage neutralise le pouvoir urticant.

Les épices : ne pas les ranger au placard
Le galanga, la cannelle, le pyrèthre d’Afrique — les épices hildegardienne ne sont pas réservées à l’hiver. Elles soutiennent la circulation, stimulent la vitalité et réchauffent le terrain en toutes saisons. En les maintenant au quotidien — une pincée de galanga dans l’habermus, de la cannelle dans les préparations sucrées — vous donnez à votre organisme les outils dont il a besoin pour traverser cette transition avec plus de ressources.
La contemplation de la nature : ce que l’époque d’Hildegarde nous enseigne
Hildegarde nous invite à contempler la nature, à poser le regard sur ses étendues vertes — prairies, forêts, rivières. Ce qu’elle appelle la viriditas, cette force verte qui anime le monde vivant, est aussi une source de renouveau pour l’homme qui sait l’observer.
Au XIIe siècle, elle n’avait pas besoin de recommander la marche — ses contemporains marchaient, travaillaient la terre, vivaient dehors. Aujourd’hui, nos vies sédentaires et citadines nous ont éloignés de cette évidence. Marcher dans la nature au printemps — même 20 à 30 minutes par jour — c’est retrouver quelque chose d’essentiel que nos corps réclament sans toujours savoir le nommer. La lumière naturelle régule notre horloge biologique, le contact avec la verdure nourrit quelque chose de profond en nous.
Essayez pendant une semaine. Vous m’en direz des nouvelles.
Le sommeil : respecter le rythme de transition
L’allongement des jours perturbe souvent le sommeil en mai — on se couche plus tard, on dort moins, on croit pouvoir « rattraper » le week-end. Hildegarde nous rappelle dans sa vision globale de l’homme l’importance d’un rythme régulier, quelle que soit la saison.
Si votre sommeil est perturbé en ce moment, j’ai consacré un article complet à ce sujet à l’école d’Hildegarde — vous y trouverez des pistes très concrètes. → Comment retrouver un sommeil réparateur avec la thérapie d’Hildegarde
Et dans votre assiette au quotidien ?
Connaître les principes d’Hildegarde c’est précieux. Mais la vraie question que j’entends souvent — chez mes lectrices comme lors de mes accompagnements — c’est : « Concrètement, qu’est-ce que je mange ce soir ? »
C’est exactement pour répondre à cette question que j’ai créé mon guide « Cuisiner tout au long du printemps avec Hildegarde ». Des menus pensés pour soutenir votre énergie semaine après semaine, des recettes savoureuses adaptées à la saison, des listes de courses prêtes à l’emploi. Un compagnon de printemps que vous utilisez à votre rythme, comme vous le souhaitez — on recommence, on mélange, on pioche les recettes qui nous inspirent.
Parce que retrouver l’énergie au printemps, ça commence vraiment dans l’assiette. Et ça peut être simple, joyeux et délicieux.

Je sais ce que vous pensez : « encore un régime, encore des contraintes ». Non. Mon guide printemps, c’est exactement le contraire : une façon de manger qui donne de l’énergie ET du plaisir — des recettes de saison qui font du bien, des menus équilibrés, des listes de courses pour 0 prise de tête. Essayez, vous verrez !
Pour conclure
La fatigue de printemps n’est pas une faiblesse. C’est un signal à écouter avec douceur et bienveillance envers vous-même. Hildegarde nous invite à accompagner notre corps dans cette transition plutôt qu’à le brusquer — à lui donner les aliments dont il a besoin, à respecter son rythme, à le laisser s’éveiller progressivement comme la nature s’éveille autour de nous.
Quelques gestes simples, une alimentation adaptée, du mouvement et de la patience. Le printemps finira par vous donner toute l’énergie qu’il vous promet.